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Discussion avec un aîné : Exploration de l'identité (IRA1-V47)

Description

Cet enregistrement d'événement présente l'aîné Gerry Oleman, membre de la nation st'at'imc, de la Colombie-Britannique, qui parle de la façon dont l'identité se forme, autant collectivement qu'individuellement, comment celle-ci nous est imposée et comment former sa propre identité.

Durée : 01:03:45
Publié : 13 janvier 2021
Type : Vidéo

Événement : Discussion avec un aîné : Exploration de l'identité


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Discussion avec un aîné : Exploration de l'identité

Transcription

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Transcription : Discussion avec un aîné : Exploration de l'identité

[Deux points roses convergent au centre d'un fond noir. Une forme circulaire violette se superpose à un ovale blanc imparfait. Les deux formes tourbillonnent et s'agrandissent jusqu'à ce que le violet devienne l'arrière-plan. Le logo représente un livre blanc superposé à une feuille d'érable violette à côté d'une ligne de séparation verticale rose et de mots blancs.]

Webdiffusion

[Le logo et les mots s'agrandissent et se fondent dans une fenêtre de vidéoconférence où l'on voit Lee-Ann Campbell à gauche et Elder Oleman à droite.

Lee-Ann a une peau aux tons chauds, de longs cheveux châtain foncé ondulés avec des pointes châtain clair en queue de cheval haute, et de longues boucles d'oreilles argentées pendantes. Elle porte un haut noir à col roulé. Derrière elle, il y a un mur blanc et une haute décoration de vigne en bois.

Gerry Oleman a la peau bronzée et de longs cheveux blancs attachés en deux tresses. Il porte une chemise noire boutonnée et a des écouteurs blancs dans les oreilles. Derrière lui se trouve un édredon étoilé composé de diamants noirs, gris, bleu clair et bleu foncé sur un fond blanc. Derrière lui se trouve également une girafe rouge avec des taches jaunes.

Lee-Ann sourit.]

Lee-Ann Campbell : Bonjour et bienvenue à tous. Je m'appelle Lee-Ann Campbell, je suis conseillère principale en apprentissage pour la Série d'apprentissage sur les questions autochtones de l'École de la fonction publique du Canada. J'ai le plaisir de vous présenter la discussion d'aujourd'hui avec un Aîné, intitulée « Exploration de l'identité ». Je souhaite la bienvenue à tous les participants et je vous remercie personnellement de vous joindre à nous aujourd'hui. Avant de commencer, j'aimerais reconnaître que, puisque je suis à Constance Bay, en Ontario, je me trouve sur le territoire traditionnel non cédé du peuple algonquin. Je reconnais que nous travaillons tous dans des domaines et des lieux différents et je vous encourage donc à prendre un moment et à réfléchir à l'endroit où vous vivez et où vous êtes aujourd'hui. Pour honorer la terre,...

[La fenêtre de Lee-Ann occupe maintenant tout l'écran.]

... veuillez prendre un moment pour penser aux Premiers Peuples de la terre où vous vous trouvez. Avant de poursuivre, voici quelques questions d'ordre administratif que nous aimerions porter à votre attention. Pour que votre expérience de visionnement soit meilleure et plus agréable, nous vous encourageons à vous déconnecter du réseau privé virtuel, si possible, et à vous reconnecter à l'événement. Veuillez noter qu'un service d'interprétation simultanée est offert.

[Lee-Ann sourit.]

Vous pouvez sélectionner la langue de votre choix...

[Une boîte violette apparaît en bas à gauche de l'écran avec un texte identifiant l'intervenant.]

... lorsque vous cliquez sur le lien fourni pour la webdiffusion. Tout au long de l'événement, vous pouvez soumettre vos questions en cliquant sur l'icône de main levée à droite de l'interface de la webdiffusion.

[La boîte violette s'éteint.]

Et bien que vos questions soient les bienvenues, nous vous encourageons, au cours de cet événement, à écouter et à réfléchir à ce que vous entendez.

Je voudrais commencer par vous dire pourquoi j'ai voulu participer à l'événement d'aujourd'hui. Lorsque j'ai parlé avec l'Aîné Oleman, j'ai réfléchi à la manière dont l'identité est aujourd'hui au premier plan des préoccupations de nombreuses personnes dans le monde entier. Ces derniers mois, des mouvements très forts liés à l'antiracisme et aux préjugés inconscients ont eu lieu, et nous essayons d'influencer le changement et le comportement et de vraiment connecter les esprits et les cœurs des gens.

J'ai lutté avec ma propre identité pendant presque toute ma vie. J'ai des origines très diverses : ma mère est européenne, mon père est à moitié noir et d'origine autochtone, mi'kmaq. J'ai beaucoup souffert et ça n'a pas été facile pour moi. J'ai beaucoup souffert d'abus sociétaux, longtemps, et je me suis souvent retrouvée à ne pas savoir à quel groupe m'identifier et parfois jusqu'à ne pas pouvoir m'identifier à aucun d'entre eux. Mais même si mon parcours a été jonché de beaucoup d'obstacles, et que j'ai souvent éprouvé de la honte, je suis heureuse de dire que je suis issue de ces trois mondes. Et j'ai maintenant le privilège de pouvoir dire cela avec humilité, fierté et grâce.

Je suis très heureuse de prendre part à cette rencontre aujourd'hui. J'ai parlé à l'Aîné Oleman. J'ai entendu ses messages, j'ai regardé ses vidéos, ses balados. Il parle avec tant d'éloquence, de grâce et de perspicacité, et il a la capacité absolue d'ouvrir vos esprits et vos cœurs.

Je suis maintenant heureuse de vous présenter l'Aîné Oleman,...

[La fenêtre de Lee-Ann est maintenant à gauche de celle de l'aîné Oleman..]

... qui est membre de la nation St'at'imc de Tsal'alh, en Colombie-Britannique. Il joue un rôle en tant qu'agent de changement pour les communautés et organismes des Premières Nations depuis 1976. Notamment, il fournit des services de counseling à des personnes, à des familles et à des groupes et assure un leadership sur les plans politique et administratif pour sa communauté et sa Nation.

Gerry s'est rendu compte que toutes les Premières Nations du Canada ont les mêmes souffrances et les mêmes défis. Tous les défis sont créés par l'homme; ils peuvent donc être soignés et corrigés en utilisant nos traditions et nos lois. Elles ont fonctionné pour nous pendant des milliers d'années. Au cours des 34 dernières années, Gerry a animé plus de 645 ateliers partout au Canada ainsi qu'aux États-Unis.

Si vous le voulez bien, je voudrais remercier Gerry et lui souhaiter la bienvenue à cet événement et je vous passe la parole. Gerry, merci beaucoup.

[Lee-Ann sourit. Gerry sourit. La fenêtre de Gerry occupe tout l'écran.]

Gerry Oleman : [s'exprime dans une langue autochtone], et j'aimerais commencer en disant [s'exprime dans une langue autochtone] Canada.

[Une boîte violette apparaît en bas à gauche de l'écran avec un texte identifiant l'intervenant.]

[s'exprime dans une langue autochtone] Canadiens. Je voulais juste commencer par remercier Lee...

[Gerry lève sa main droite avec le pouce et l'index tendus. Il rapproche son pouce et son index et agite sa main..]

... de m'avoir présenté et de m'avoir invité ici. Et je remercie également tous les originaux, ucwal dans ma langue signifie original et micw signifie les gens qui sont connectés à la terre,...

[Gerry pointe ses doigts vers le sol.]

... les gens originaux au Canada. Depuis les Innus du Labrador...

[Gerry étend son bras gauche vers sa gauche.]

... jusqu'aux Nuu-cha-nulth de la côte Ouest,...

[Gerry étend son bras droit vers sa droite.]

... en passant par les Inuits du Nord...

[Gerry étend son bras droit vers sa droite.]

... et les Kaska Dena.

Je suis tellement heureux d'être ici aujourd'hui pour parler de l'exploration de l'identité. Vous savez, l'identité, cette soif d'être pareils,...

[Gerry se penche en avant, le poing droit serré. Il secoue son poing.]

... que tous les êtres humains ont.

[Gerry se penche en arrière et lève les deux bras, les paumes légèrement ouvertes face à face.]

Nous traversons parfois la vie en voulant être acceptés, respectés et entendus en tant qu'être humain, en tant qu'individu. Dès l'enfance, dans ma propre vie, vous savez, j'ai grandi avec ça parce que c'est une chose humaine.

[Gerry lève les mains comme s'il tenait quelque chose en l'air.]

Je voudrais donc commencer par vous dire, à vous tous qui venez de l'autre bout du Canada...

[Gerry lève ses deux mains, doigts tendus, et pointe ses paumes vers l'avant.]

ou d'ailleurs, que mon imagination me dit :

[Gerry lève les deux mains à sa tête et tend les bras loin de lui avant de les baisser.]

« Oh, ils viennent de partout, ici. » Fonctionnaires. Mais vous avez répondu à l'appel d'être au service d'autres êtres humains, et je vous en remercie. J'aimerais également vous faire savoir que je ne suis pas ici pour créer de la confusion, de la peur, des obligations ou de la culpabilité en ce qui concerne les relations passées et actuelles entre les peuples autochtones et les Canadiens. L'objectif de ma présence, ici aujourd'hui, est de favoriser la compréhension afin que nous puissions tous prendre des mesures concrètes et claires pour mieux se traiter les uns les autres en tant qu'êtres humains.

Vous savez, nous occupons et vivons maintenant dans le deuxième plus grand pays terrestre du monde. Vous savez, en tant que pays appelé Canada, nous sommes les deuxièmes au monde en ce qui concerne cette masse terrestre.

[Gerry pointe ses paumes vers le bas et écarte ses mains latéralement.]

Donc, nous avons beaucoup de ressources au Canada, vous savez, et de beauté. C'est un magnifique endroit où vivre. Alors, on pourrait se demander, vous savez, pourquoi? Pourquoi y a-t-il des problèmes ici? Vous savez, lorsqu'il s'agit des questions et des préoccupations liées aux Autochtones, elles datent probablement du début de nos relations entre les Européens et les peuples autochtones. J'aimerais donc commencer ma présentation en parlant du parcours identitaire de Gerry. En tant que personne parlant la langue St'at'imc, de Tsal'alh. Tsal'alh signifie près du lac. Et le peuple St'at'imc, nous avons 11 communautés, 11 réserves, des terres réservées aux Autochtones. À une époque, nous en avions probablement plus et nous avions une population plus importante, mais nous avons été frappés par une pandémie appelée variole. Puis la grippe, vous savez, est arrivée à peu près au même moment et a éliminé tellement de gens de mon peuple. Ils disent qu'environ 85 % des St'at'imc ont été tués par des pandémies avant même d'avoir posé les yeux sur un Européen,...

[Gerry pointe son index droit vers son œil droit. Il baisse sa main.]

... vous savez. Mais comment était-ce? Juste pour vous donner un peu de contexte sur les peuples autochtones. J'ai fait cette présentation dans les universités sur l'identité et je disais : « les peuples autochtones, B.C., B.C. ». Et B.C., le premier B.C. signifie « before contact », avant le contact. Comment étions-nous, en tant que peuple, avant le contact avec les Européens? Et l'autre B.C. est « Before Christ » avant le Christ. Avant d'être initié aux différentes religions et pratiques spirituelles, comment était-ce pour mon peuple?

Vous savez, et je le sais parce que mes grands-parents...

[Gerry fait un geste de son bras droit vers sa droite.]

... et arrière-grands-parents étaient encore liés à leur culture. La seule langue qu'ils parlaient était le St'at'imc. Ils récoltaient leur propre nourriture, ils vivaient selon les lois du peuple St'at'imc, j'ai donc un lien avec cela.

Vous savez, j'entendais parler de notre mode de vie parce que la culture signifie que nous avons la vie. Dans ma culture, nous avons notre langue, je dis, [s'exprime dans une langue autochtone] signifie que je vous remercie tous.

[Gerry écarte ses doigts, paumes vers le bas, et fait un geste vers l'avant.]

Je dis [s'exprime dans une langue autochtone] Lee, ça veut simplement dire que je remercie Lee. Nous avions donc notre propre langue, notre propre nourriture, nos codes vestimentaires, notre coiffure,...

[Gerry fait un geste des deux mains vers sa tête.]

nos chansons, notre façon d'élever les enfants, notre façon de gouverner. C'était tout un mode de vie. Et j'aime me vanter aujourd'hui, vous savez, lorsque les St'at'imc étaient seuls, il n'y avait pas d'extinction...

[Gerry pointe l'index de sa main gauche vers le haut.]

... sur notre territoire, le territoire que nous occupions et utilisions, qui s'étend maintenant de Whistler, en Colombie-Britannique, à Cache Creek, en Colombie-Britannique.

[Gerry balaye sa main droite de gauche à droite.]

De notre vivant, nous étions très sains d'esprit, de corps et d'âme. Le mot santé, quand on cherche le mot santé, être en bonne santé signifie que : vous avez un esprit sain,...

[Gerry fait un geste des deux mains vers sa tête, puis devant lui.]

... que nous pouvons vous enseigner, que vous pouvez absorber les enseignements et que vous pouvez comprendre les choses. Il n'y a pas de confusion ici. L'écoute des signes de votre corps, vous êtes sans COVID, sans cancer et sans diabète. C'est un corps sain.

Nous avons un esprit sain, et cet esprit, selon moi, a besoin de beaucoup plus d'attention...

[Gerry se penche en avant.]

... dans notre vie à chacun d'entre nous, pour avoir cette compréhension. Tout d'abord, qu'est-ce que l'esprit? D'où vient-il? L'esprit est essentiel, vous savez, vous ne m'écouteriez pas aujourd'hui...

[Gerry se penche en avant.]

... si vous n'aviez pas l'esprit. Parce que votre esprit tient votre corps ensemble maintenant.

[Gerry s'assied et tient ses mains écartées, les paumes tournées l'une vers l'autre.]

Et nous connaissons tous cette réalité : lorsque notre esprit quitte notre corps,...

[Gerry lève les mains.]

... notre corps se décompose et retourne à la Terre.

[Gerry baisse ses mains.]

Ainsi, l'esprit se manifeste par les actions de nos parents et par le miracle du sperme et de l'œuf qui s'unissent,...

[Gerry touche ses deux index ensemble.]

... et vous avez la chaleur et l'eau à l'intérieur de votre mère et la division cellulaire, et notre corps commence à se former. Notre mère respirait pour nous, mangeait pour nous, faisait tout pour nous. Et le peuple St'at'imc savait cela, que pendant que le bébé se formait, ma grand-mère, ma défunte grand-mère Shuteet. Son identité était St'at'imc, son nom était St'at'imc, Shuteet. C'est son nom St'at'imc. Son nom colonisé était Christine.

Elle m'a donc parlé des pratiques des St'at'imc, juste pour vous donner un exemple de notre société : lorsque ce bébé se formait,...

[Gerry touche les doigts de chaque main ensemble.]

... chaque mot adressé à cette mère et à ce bébé, on nous disait de parler au bébé pendant qu'il se formait, devait être positif et devait être un enseignement et de la connaissance. Donc nous, en tant que peuple, commencions à éduquer nos gens, nos proches, dès que nous savions qu'ils étaient conçus.

On leur parle, on leur dit : « Oh, j'ai hâte que tu viennes au monde. Je vais te montrer les rivières et les lacs, vous savez, la beauté. » Et on les aide à comprendre qu'ils font partie de l'univers.

[Gerry touche ses doigts ensemble puis écarte ses mains.]

Que nous sommes liés à tous les êtres vivants. Vous savez, que nous sommes tous interconnectés et que nous devons respecter tout ce qui nous entoure et qui nous donne la vie. C'était donc le peuple St'at'imc avant le contact. Nous avions des lois comme toute autre société dans le monde. Une de nos lois était d'avoir du respect.

On nous apprenait que toute personne qui vient dans notre communauté, nous devons la nourrir, ou lui donner des médicaments si elle en a besoin. Simon Fraser a été l'une des premières personnes à venir sur le territoire des St'at'imc. Il cherchait une route vers l'océan Pacifique depuis la côte Est. Alors on l'a nourri, mon peuple l'a nourri. On lui a donné des médicaments et aidé à naviguer sur le fleuve Fraser, vous savez, parce que c'est dur à cet endroit, c'est dangereux. Mon peuple a donc aidé Simon Fraser, parce qu'on nous a appris, on nous a appris à être généreux et respectueux et à établir des relations avec d'autres êtres humains.

Bien sûr, comme toutes les autres nationalités du monde, nous avons aussi eu des guerres avec différents groupes à cause des ressources. Tous les conflits dans le monde, il n'y a que deux raisons qui les expliquent, les ressources et l'idéologie. Il y a maintenant des gens qui vont se battre pour l'eau. Il y a eu des guerres pour le pétrole, l'or, la soie, le thé, vous savez. Vous n'avez qu'à penser à tous les événements qui se produisent entre les nations à cause des ressources.

Et aussi, vous savez, l'autre raison du conflit est l'idéologie, ce que nous croyons. Quand je regarde le monde, quand j'ai commencé à voir le monde...

[Gerry se penche en avant et fait un geste des mains vers l'extérieur.]

... et qu'il s'est ouvert devant moi grâce à Google, et aux encyclopédies avant Google, vous savez, et que j'ai commencé à voir les gens et ce qu'ils faisaient, ce qui se passait sur cette planète.

Quand je vous décris cela, juste ce petit aperçu de la vie des St'at'imc, de ses fondements – l'un de ses piliers était le pouvoir de l'amour. Parce que l'amour, en fait, ce n'est pas un sentiment, c'est un engagement. Lorsque notre mère nous a mis au monde, lorsque nous étions un bébé et que nous avons été placés dans les bras de notre mère,...

[Gerry berce ses mains l'une contre l'autre.]

... notre mère s'est engagée à nous nourrir, à nous garder propres, à nous garder, à veiller sur nous. C'est un engagement. Ainsi, lorsque cet engagement est constant et fait de façon respectueuse, des sentiments chaleureux circulent entre les êtres humains...

[Gerry fait des gestes avec ses mains d'avant en arrière.]

... et c'est ce qu'on appelle aujourd'hui l'amour, mais c'est fondé sur un engagement positif. Donc, on nous enseignait cet engagement et l'importance cruciale de créer des liens. En respectant le saumon. J'ai vu l'une des dernières grandes remontées de saumons dans le fleuve Fraser, je ne l'ai jamais revue. On pouvait littéralement voir les saumons rouges dans le fleuve Fraser,...

[Gerry pointe ses doigts vers le bas, ses mains s'élèvent et s'abaissent..]

... il y en avait tellement. On nous a donc appris à respecter cela. Nous avions des cérémonies pour le premier saumon, nous avions des cérémonies pour la naissance des bébés. Nous avions des cérémonies pour les mariages ou les enterrements. Nous avions donc un mode de vie complet et notre identité était purement St'at'imc, à travers notre langue, notre musique, nos vêtements. Donc c'est mon identité St'at'imc.

Et comme j'ai grandi au Canada, et le mot Canada signifie village en langue iroquoise. Nous vivons en fait dans un grand village,...

[Gerry étend ses bras vers l'extérieur.]

... vous savez, nous tous, nous faisons partie du même village où les gens sont réunis dans un but commun.

[Gerry ramène ses mains ensemble.]

En grandissant, vous savez, mon identité, j'ai commencé à avoir des difficultés. Parce que mon peuple, ses coutumes, notre façon de vivre ont été découragées, notre langue, nos cérémonies, nos systèmes de gouvernement. Quand les colonisateurs sont arrivés et nous ont imposé ce nouveau système. L'hégémonie, ils l'appellent, vous savez, l'hégémon, lorsque le colonisateur est venu et a dit, « C'est l'endroit où vous vivez maintenant...

[Gerry se penche en avant et fait des gestes vers l'extérieur avec ses mains, paumes vers le bas.]

... C'est ici que vous allez vivre. »

Rappelez-vous, je disais que le Canada est le deuxième plus grand pays du monde quant au territoire. Les réserves indiennes au Canada occupaient 0,5 % de la masse terrestre du pays.

Nous avons donc commencé, vous savez, les identités sont créées ou nous naissons avec, et ce sont les identités créées, dénaturées qui posent problème. Comme, tout d'un coup, j'ai entendu ce mot, Indien, c'est une identité créée. Il y avait des hommes ensemble qui ont dit : « Appelons-les des Indiens. » Nous sommes tous devenus des Indiens, de la côte Ouest à la côte Est en passant par la côte Nord. Nous sommes identifiés comme des Indiens.

Mais il y avait des connotations négatives à ce mot, Indien.

[Gerry lève sa main droite, le pouce et l'index pincés en cercle.]

Que nous sommes des païens, des sauvages, parce que nous ne suivions pas le Christ. Donc, tout d'un coup, cette identité a été créée.

[Gerry se penche en avant.]

Les gens avaient peur de nous. En 1492 et dans les années 1500, 1600, 1700, 1800, il y a une grande peur du diable. Ainsi, lorsqu'on disait que « les Autochtones étaient des adorateurs du diable et parlaient la langue du diable », les gens avaient peur de nous. Vous savez, cela a eu une incidence énorme sur mon identité en tant qu'homme autochtone.

Cette identité créée que je suis un païen, et que je suis un sauvage. Ils ont commencé à y ajouter d'autres noms, par exemple, je suis un Indien ivre, je suis un Indien stupide, je suis un Indien fou, je suis un Indien paresseux, j'ai entendu tout ça et plus encore. Certains d'entre eux utilisaient des jurons quand ils me parlaient en tant qu'Indien. Alors cette identité créée a commencé à faire des ravages dans ma vie. J'ai commencé à avoir honte de qui j'étais, honte de mon peuple.

[Gerry fait un geste des mains vers lui-même et vers l'extérieur.]

On nous traitait d'ivrognes et beaucoup de gens de mon peuple se sont tournés vers l'alcool. Nous n'avions jamais eu d'alcool dans la culture St'at'imc avant le contact avec les Européens. Nous n'avions jamais bu d'alcool, fabriqué de l'alcool, ou utilisé l'alcool comme peuple. Alors tout d'un coup, nous sommes frappés par toute cette nouveauté et ça a créé une nouvelle identité pour nous. J'appelle ça la nouvelle manière délirante.

Je n'ai pas entendu de gens demander « Eh bien, pourquoi est-ce que c'est arrivé? » Si quelqu'un me posait la question, je lui dirais,...

[Gerry se penche en avant et lève son index droit.]

... « à cause des ressources ». Nous avons créé cette idéologie, ce système de croyance selon lequel les Autochtones sont inférieurs, qu'il y a quelque chose qui ne va pas chez eux.

D'où je viens, ils avaient le... À un moment donné, on leur a donné – c'était le plus grand gisement de minerai d'or du pays qu'ils connaissaient à l'époque, appelé Goldbridge Bralorne, d'où je viens, où nous chassions l'orignal, cueillions des baies et récoltions les saumons du printemps pour l'hiver. Ils y ont trouvé de l'or et ils le voulaient. Ils voulaient la peau de castor, vous savez, le tabac. Vous savez, il y avait des choses précises qu'ils voulaient du Canada au début.

Donc il y avait – je dis aux gens que c'est comme si un tsunami nous avait frappés. La première vague du tsunami a été la variole. Maintenant, mon peuple a abandonné ses villages d'habitations permanentes. Nous avions des s7istkens,...

[Gerry écarte les bras.]

... des habitations souterraines de 300 pieds de diamètre qui étaient nos salles de conférences et de réunions pour les St'at'imc. Nous avions des logements individuels qui étaient faits pour résister au froid en hiver. Ils sont devenus des fosses communes, nos gens sont morts de la variole et ils les ont brûlés. Nous avons donc commencé à nous éloigner de nos lieux d'habitation permanents où il y avait de l'eau propre.

[Gerry se penche en avant.]

L'eau était abondante. Alors, voilà Gerry; vous savez, j'ai grandi en ayant honte de mon peuple, de moi-même, et surtout d'être un Autochtone, à cause de l'identité créée.

Tous les êtres humains sont susceptibles de se créer une identité. Si vous êtes un menteur et que tous vos collègues disent « Oh, ne le croyez pas, c'est un menteur », vous avez une identité de menteur. J'avais une identité d'alcoolique parce que je buvais beaucoup après avoir quitté le pensionnat. Oh, Gerry est un ivrogne. Alors j'ai créé cette identité en buvant.

[Gerry se penche en avant.]

Je l'ai créée. Donc, si nous pouvons créer des identités, nous pouvons aussi créer de nouvelles identités, et c'est ce à quoi je voudrais arriver. Mais je voudrais juste parler maintenant de, parce que, vous savez, nous avons été traumatisés du racisme en tant que personnes. Traumatisme signifie être coupé...

[Gerry déplace sa main droite vers le bas dans un mouvement de coupe.]

... ou blessé. J'ai été blessé par le racisme, on m'a traité d'idiot, vous savez, la façon dont on m'a traité en grandissant au Canada. J'ai été touché par la religion. Parce qu'il y a des chrétiens qui m'ont fait du mal et qui ont enfreint leurs propres lois au pensionnat. Vous savez, vous n'êtes pas censé maltraiter les enfants. Même dans la Bible, je crois qu'on dit que si quelqu'un fait ça, il devrait être jeté d'un bateau avec une pierre attachée au pied.

Mais il y a eu plus de 33 000 cas enregistrés d'abus sexuels et physiques d'élèves autochtones au Canada dans le système des pensionnats. Donc il y a ça...

[Gerry lève sa main droite, paumes vers l'avant.]

... et nous sommes aussi traumatisés par la GRC, la rafle des années 60, les enlèvements, vous savez? Nous avons donc traversé cette série d'événements traumatisants. Et cette question d'identité, je suis vraiment heureux de venir vous en parler,...

[Gerry se penche en avant.]

... car cela fait maintenant deux mois que je parle d'identité à des gens. Et j'ai commencé à comprendre l'importance de notre propre identité. Par exemple, j'ai commencé à observer les Canadiens. Je me suis dit : « OK, les Européens, ils nous appellent une société multiculturelle. » Alors j'ai remonté au début et me suis dit : « Qui étaient les premiers? » Parce que j'entends des gens qui se disent colons. Vous savez, les gens qui ne sont pas autochtones. Il y en a très peu, mais j'en entends certains et je me demande, pourquoi ils disent ça?

Parce que voici mon point de vue sur tous ceux qui sont au Canada. Vous savez, les premiers à venir étaient les explorateurs.

[Gerry lève sa main droite, le pouce et l'index pincés en cercle.]

Christophe Colomb est venu au nom de la reine Isabelle d'Espagne. Va me trouver de nouvelles richesses, de nouveaux biens. Il est tombé sur les îles des Caraïbes, vous savez, et... le capitaine Vancouver a exploré la côte Ouest, l'a cartographiée, donc les premiers étaient les explorateurs qui venaient, vous savez, au nom des marchands et des rois d'Europe. Et une fois qu'ils ont, comme ils disent, découvert l'Amérique du Sud, l'Amérique du Nord, alors ils ont commencé à envoyer les colonisateurs.

[Gerry se penche en avant, en levant son index droit.]

À mon avis, les colonisateurs sont très peu nombreux, car ils sont nommés par le roi ou la reine, ou les deux, en Europe, pour planter leur drapeau et dire,...

[Gerry serre sa main droite en un poing et la baisse.]

« Je revendique ceci au nom du roi et de la reine d'Angleterre », ou du roi et de la reine d'Espagne, ou de la France à l'époque, et ils le revendiquent et établissent une colonie et ont un gouverneur colonial; ce sont des colonisateurs.

Parce que je suis un vrai passionné d'histoire, vous savez, je lis beaucoup de livres et j'ai voyagé. J'ai voyagé en Angleterre, en Espagne, au Portugal, en France, pour voir ce pays. Israël, Jordanie, Palestine. Vous savez, pour voir... En Grèce, le berceau de la démocratie, vous savez, parce que je suis un homme curieux et que je veux comprendre.

Les colonisateurs ont donc été nommés et ont établi la colonie. Et une fois le fort construit, ils ont appelé ça une colonie, une colonie française ou une colonie anglaise en Amérique du Nord. Vous savez, les Espagnols et les Russes étaient là aussi, mais les Anglais et les Français étaient plus solides. Dès que vous avez une colonie, vous avez besoin de gens pour occuper la colonie.

[Gerry se penche en avant.]

Ils ont donc mis au point un plan et voici les colons. Ils ont reçu des terres gratuites pour s'installer au Canada, 540 acres par homme,...

[Gerry lève son index droit et l'agite.]

... et cela a incité les gens à venir en Amérique du Nord, au Canada, pour s'installer, alors nous... Parce que vous avez besoin de gens pour établir un gouvernement, vous avez besoin d'êtres humains. Alors ils ont fait venir tous ces colons. J'ai vu des affiches qu'ils envoyaient pour commencer à établir la colonie pour coloniser le Canada.

Lors de mon voyage en Angleterre, j'ai visité des sites patrimoniaux et j'ai vu et lu des choses sur le peuple anglais. Et je suis allé dans cette maison patrimoniale, c'est une maison de cinq pièces faite en pierre, vous savez, des années 1400, une habitation permanente. Ils ont dit qu'il y avait jusqu'à 55 personnes vivant dans cinq bâtiments de cinq pièces. Ils étaient surpeuplés en Angleterre. Et ils étaient gouvernés par la royauté, les lois et les impôts étaient extrêmes, et ils n'avaient pas le choix de leur religion. À un moment donné, ils sont tous catholiques, puis ils ont des protestants, vous savez, et puis il a commencé à y avoir des combats et tout ça en Angleterre.

Donc, parce que je me demandais comment, comment les gens peuvent-ils quitter leur patrie? Comment pourraient-ils quitter l'endroit où ils sont nés, où leurs ancêtres sont enterrés? Alors, quand j'ai compris qu'ils étaient aussi ostracisés en Angleterre, et malheureux, je peux comprendre qu'ils aient pu s'ouvrir et venir au Canada. J'ai compris alors.

Ce sont donc les colons. Puis, après les colons, viennent les immigrants. Ils partent parce qu'ils sont malheureux,...

[Gerry balaie son bras droit de la droite vers le centre.]

... ils cherchent une vie meilleure. J'ai rencontré en Ontario des immigrants venus d'Angleterre. Elle était mon aînée parce qu'elle avait 90 ans quand je lui ai parlé et lui ai demandé : elle avait une ferme, mais elle est décédée maintenant. Mais elle avait cette ferme et son mari est décédé, mais c'était sa ferme.

Alors je lui ai demandé, j'ai dit, « Puis-je vous demander pourquoi vous avez quitté l'Angleterre? » Et elle a répondu : « Oui, bien sûr. Bien. Je vais vous le dire. » « Mon cher mari a toujours voulu être fermier, mais il y a si peu de terres en Angleterre que nous savions qu'il ne serait jamais fermier en Angleterre. » Donc, après la Seconde Guerre mondiale, je suppose qu'ils ont discuté et dit : « Oui, allons quelque part et tu pourras être fermier. »

Ils ont donc parlé de l'Australie et du Canada. Le premier bateau à partir était pour le Canada, ils ont donc sauté sur ce bateau avec une valise et une couverture en laine. Ils ont immigré au Canada.

Ils ont économisé, acheté des terres et commencé à cultiver, réalisant ainsi leur rêve de devenir fermier. La raison pour laquelle je vous dis cela, c'est que j'avais l'habitude d'en vouloir à tous les Canadiens,...

[Gerry se penche en avant.]

... aux immigrants, aux colonisateurs, aux colons. Mais j'ai commencé à comprendre maintenant que c'est la condition humaine de vouloir une bonne vie et que le Canada est un beau pays. L'autre groupe qui est venu au Canada était celui des réfugiés, ceux qui fuyaient pour sauver leur vie, soit pour des raisons environnementales, soit à cause du terrorisme dans leur propre pays. À cause des meurtres, ils sont devenus des réfugiés et ont fini au Canada. Ce sont donc les groupes qui viennent au Canada.

[Gerry lève les mains et compte les doigts de sa main gauche.]

D'abord explorateur, colonisateur, immigrant puis réfugié. Vous pouvez donc vous identifier comme un, vous savez, vous pouvez être un colonisateur de première, deuxième ou troisième génération, l'un de vos parents a été nommé par un roi ou une reine. Ou vous pouvez être un colon; votre grand-père, arrière-grand-père, arrière-arrière-grand-père, a reçu des terres pour venir ici. Cela ferait de vous un survivant ou, vous savez, la troisième ou quatrième génération de votre génération, un colon ou un immigrant. Nous avons maintenant des immigrants récents, ou un réfugié.

C'est donc une première identité canadienne. Après cela, vous signez le papier,...

[Gerry tient ses mains droites sur sa poitrine.]

... vous chantez « Ô Canada », vous êtes enregistré, et vous êtes un Canadien. Mais tout d'abord, vous êtes... vous venez de ça...

Donc mon parcours, vous savez, a été fait de ressentiment, de colère et de dépression à cause de l'identité. Mais maintenant, évidemment, vous pouvez voir que je me suis transformé. Maintenant, je suis un fier Canadien de St'at'imc. Je ne renie pas cette partie canadienne de moi maintenant que je fais partie de ce grand village.

[Gerry se penche en avant.]

Parce que j'ai une carte d'identité canadienne, je paie des impôts, je fais toutes ces choses et je profite des choses merveilleuses que nous avons ici au Canada. Est-ce que je souffre de racisme? Oui, j'en souffre encore parfois, lorsque quelqu'un n'est pas gentil avec moi ou me stéréotype.

[Gerry se penche en avant.]

Mais ils ne possèdent plus Gerry, tu sais, c'est leur problème.

[Gerry pointe sa main droite vers sa droite.]

Si vous en voulez à quelqu'un à cause de la couleur de votre peau, c'est votre problème, ce n'est pas la personne à qui vous en voulez, ce n'est pas son problème. Elle peut le devenir si vous pratiquez la discrimination ou si vous leur refusez un service. Mais que je parle à 1 500 fournisseurs de services ou plus, je pense que c'est une chose merveilleuse... Je suis tellement reconnaissant de pouvoir venir vous parler de mes opinions, de ma vision du monde...

[Gerry fait un geste de la main droite vers sa tête, puis vers sa droite.]

... que j'ai créée en voyageant, en lisant, en parlant et en écoutant les gens.

Au fil des ans, lorsque j'ai commencé à parler des relations raciales au Canada, je me rendais dans des universités et des collèges, ainsi qu'à des conférences internationales où l'on me demandait de prendre la parole, et j'ai pris l'habitude de demander aux gens : « Combien de personnes ici aimeraient émigrer? » J'étais à l'université avec 250 étudiants, mais pas un seul d'entre eux ne levait la main.

[Gerry lève sa main droite et l'agite.]

Je disais : « Cela me prouve que le Canada est un endroit merveilleux, que vous ne voulez pas le quitter. Alors, prenons-en soin. Faisons de ce pays un endroit merveilleux, voire un meilleur endroit où vivre grâce à nos actions. Que faisons‑nous...

[Gerry lève et baisse sa main droite.]

... pour mériter de vivre dans un endroit si beau que nous ne voulons pas le quitter? » Mais je dois vous avouer que j'ai rencontré une personne, dans l'un des collèges, lorsque je faisais une présentation. J'ai dit : « Combien de personnes ici aimeraient émigrer loin du Canada? » Un bras s'est levé.

[Gerry lève sa main droite.]

C'est une femme africaine. C'était une réfugiée. Elle ne voulait pas quitter l'Afrique, mais elle n'avait pas le choix. J'ai rencontré un autre homme lors d'une autre conférence à l'UBC et j'ai posé la même question. Il y a donc un homme et une femme qui ont levé la main et dit : « Je voudrais émigrer. » C'était un Syrien, il voulait aller à Alep. Mais il devait partir... il est devenu un réfugié pour sauver sa vie.

[Gerry hoche la tête.]

Vous savez, je vous le dis, lorsque vous vous identifiez, vous pouvez dire : « Je suis l'enfant, le petit-enfant ou l'arrière-petit-enfant d'un explorateur, d'un colon ou d'un immigrant », à vos racines. Au-delà de cette racine, vous êtes canadien, vous appartenez à un village de personnes.

Le souhait de chaque être humain, le désir de chaque être humain, est d'avoir du bonheur dans sa vie. Ce que nous voulons, c'est pareil.

[Gerry lève son index droit.]

Cela fait donc des années que je dis aux gens que nous travaillons lentement au développement d'une identité canadienne. Donc si je vous demandais à tous maintenant, si je pouvais m'asseoir dans la même pièce que vous, et vous dire, « Dites-moi ce qu'est un Canadien ». Pourriez-vous me dire avec certitude ce qu'est un Canadien? J'attends le jour où nous pourrons le faire. Parce que, vous savez, lorsque nous créons une identité et il y a des moments où je pense que nous n'avons pas besoin de le faire. En fait, nous ne devrions pas le faire. Mais il arrive que nous créions une identité ou que nous acceptions une identité, puis que nous la défendions jusqu'à la mort.

Vous savez, mon père, mon défunt père, s'est engagé à combattre pendant la Seconde Guerre mondiale. Ils avaient peur du nazisme. Il est donc devenu frère d'armes des Canadiens en tant que St'at'imc. Et il était tellement engagé dans la vie des gens au Canada, comme beaucoup, tous ceux qui sont partis en hiver étaient comme ça, j'en suis sûr, qui sont allés en Europe pour se battre pendant la Seconde Guerre mondiale – ils défendaient un mode de vie.

J'ai remis en question l'engagement de mon père, car j'avais vu des racistes s'en prendre à mon père et il continuait à porter fièrement le coquelicot et à en acheter chaque année. Dans mon esprit, je l'interrogeais : « Pourquoi tu fais ça, papa? Ils ne te traitent pas bien. » Et j'y ai pensé, j'avais vu des photos de lui en uniforme. Avec ses frères d'armes, ils se tenaient par l'épaule,...

[Gerry étend son bras droit vers sa droite.]

... et il est le seul Autochtone sur cette photo. Cela m'a donc conduit à croire que, oui, nous pouvons devenir un. Nous pouvons établir des relations positives en tant qu'individus dans ce pays. En tant que gouvernement, cela pourrait être beaucoup plus difficile, car lorsque vous parlez de gouvernements, de relations gouvernementales, vous finissez par parler de ressources et de frontières. Mais vous et moi, en tant qu'être humain, nous pouvons nous asseoir et prendre une tasse de thé et parler de choses, vous savez, et former une relation. Et je pense qu'il faut que cela se produise.

Parce que si tu t'asseyais avec Gerry avant de me connaître, si tu me regardais, tu pourrais me stéréotyper. Mais une fois que vous aurez appris à me connaître, vous verrez mon humour, ma vivacité d'esprit, ma générosité et ma compassion pour les êtres humains.

Écoutez, j'ai été élevé de manière traditionnelle et on m'a dit que si quelqu'un vous appelle à l'aide, vous y allez et vous faites de votre mieux. N'importe qui. Peu importe la couleur, la religion ou le sexe, vous allez les aider. C'est une culture, le mode de vie d'où je viens, c'est mon identité.

[Gerry pointe sa main droite vers lui.]

Et j'ai ravivé cette identité en moi et je la vis aujourd'hui pour aider à nouer des relations avec d'autres êtres humains pour le bien commun de nos enfants. On m'a appris que notre responsabilité en tant qu'adultes est de rendre la vie meilleure pour nos enfants qui nous suivent.

[Gerry fait un geste derrière lui avec sa main droite.]

S'assurer qu'ils ont beaucoup d'eau, beaucoup de nourriture, qu'ils ont un but. C'est notre travail en tant qu'adultes, c'est la façon que les gens traditionnels m'ont enseignée. Ils disent, vous savez, dans sept générations, dans 560 ans, vous vous dites que vos enfants auront l'eau que vous buvez, la nourriture que vous mangez, l'abri que vous avez. Ça fait donc sept générations. On nous a appris à penser en générations, pas en exercices financiers, pas en plans quinquennaux. En sept générations, c'est ce qu'ils appelaient 80 ans, une génération.

[Gerry lève son index droit.]

Dans sept générations, nos descendants auront-ils la richesse que nous avons aujourd'hui? La sécurité? Pour moi, l'identité, c'est ça. C'est axé sur l'uniformité.

[Gerry tient ses deux mains ensemble.]

Nous devenons sur la même longueur d'onde pour prendre soin de la Terre Mère, pour établir des relations positives, pour garantir un avenir durable pour toutes les personnes qui sont ici.

Je suis allé à Rome parce qu'on m'a enseigné, et j'ai mis longtemps à accepter cet enseignement, que je dois pardonner aux personnes que je déteste. Sinon, ma vie ne sera jamais complète, je n'atteindrai jamais ce sentiment d'émerveillement face à la création. Cette haine...

[Gerry se couvre les yeux avec sa main droite.]

... m'obstruera la vue. Je suis donc allé à Rome et j'ai fait la cérémonie là-bas pour pardonner l'Église catholique pour son rôle dans les pensionnats. J'y suis allé et j'ai dit, j'ai prononcé le discours...

[Gerry fait signe de la main droite à sa droite.]

... dans l'enceinte de la Basilique, que je suis ici pour te pardonner, ce qui signifie que je suis ici pour lâcher prise, te laisser aller. Et je parlais à tous les prêtres et membres du clergé qui ont abusé sexuellement d'enfants. J'ai dit, je suis ici pour te pardonner, pour te laisser partir. J'ai laissé tomber des plumes de duvet d'aigle.

[Gerry balaie sa main droite serrée devant lui et ouvre sa main, paumes vers le bas.]

J'ai dit : « Je veux la guérison pour toutes les victimes, les personnes qui ont été blessées par l'Église catholique romaine. Je reconnais et confesse que vous avez beaucoup de personnes qui font un travail magnifique pour les sans-abri et les toxicomanes. »

[Gerry porte sa main droite à sa tête et la balaie vers l'extérieur à sa droite.]

Mon esprit s'est donc ouvert et je vois la beauté, et je vois le danger et je vois la laideur, mais je veux me concentrer sur la façon de vivre qui voit la beauté. Les Aînés m'ont dit : « On vit notre vie en créant de la beauté devant nous, derrière nous, à côté de nous, au-dessus de nous.

[Gerry fait des mouvements avec sa main droite devant, derrière et au-dessus de lui.]

Quand tu arriveras à demain et que tu regarderas en arrière, que verras-tu? De la beauté. Alors, adoptez le mode de vie qui se concentre sur la beauté. » Ce sont les philosophes autochtones qui disent ça, les philosophes proposent des réflexions qui éclairent, une façon de vivre.

Je suis au Manitoba, et juste au sud de moi se trouvent les Dakotas. Le chef Sitting Bull était là et il a dit : « Rassemblons nos esprits...

[Gerry touche son index droit à sa tête.]

... pour voir ce que nous pouvons faire pour les enfants. » Vous savez, c'est une bonne philosophie. C'est une bonne pensée pour nous guider. Vous savez, alors, c'est une partie de ce que je veux vous faire comprendre aujourd'hui, que les Autochtones avaient un mode de vie différent de celui que vous avez pu voir dans les médias ou les films. Parce que je sais qu'il est tentant de regarder nos traumatismes, nos dépendances, le nombre d'incarcérations, de suicides et le reste, mais ce n'est pas vraiment notre identité.

Nous venons d'un beau peuple. On nous apprend à être généreux, nous sommes un peuple vert, nous ne gaspillons jamais. Je me souviens que mon oncle m'a dit : « Oui, nous allons camper dans cette montagne,...

[Gerry fait un geste de la main droite vers sa droite.]

... cueillir des baies et chasser des cerfs pour l'hiver. Et quand nous partons, personne ne pourrait savoir qu'il y avait un camp, tant c'est propre. » C'est le peuple dont je suis issu, c'est mon identité initiale.

[Gerry se désigne de la main droite.]

Vous m'avez entendu parler de mon identité créée, de ce qu'elle m'avait fait, en autant de mots. Donc, maintenant, je dis, créons une identité canadienne. La première question que nous posons, c'est si nous sommes fiers d'être Canadiens. Et si nous le sommes, pourquoi? Puis nous nous basons sur cela. Vous savez, à cause des événements historiques de ce pays, comme les pensionnats, par exemple. C'était un traumatisme. Mon grand-père, le père de ma mère, est allé en prison pendant six mois pour avoir dit : « Vous ne prendrez pas Martina, vous n'amènerez pas Johnny au pensionnat. » Le lendemain, la GRC était là et ils l'ont arrêté et mis en prison pour six mois. Vous pouvez être sûr que cela a touché mon grand-père, ma grand-mère et moi, parce que c'est intergénérationnel. J'avais du ressentiment envers la loi dans ce pays.

Je comprends maintenant que c'est de l'histoire et que je veux faire partie d'une nouvelle histoire. Je veux, comme on dit dans la langue de la côte Ouest, [s'exprime dans une langue autochtone], pouvons‑nous ne faire qu'un?

[Gerry lève son index et son majeur de la main droite et les croise.]

Et je crois que nous le pouvons, parce que nous sommes des êtres humains. Lorsque nous sommes dans une pièce et que nous chantons ensemble, nous ne faisons qu'un parce que nous respirons ensemble. Lorsque vous êtes dans une pièce et que vous priez ensemble, vous ne faites qu'un, votre énergie ne fait qu'un. Je crois que nous pouvons le faire au Canada, nous pouvons devenir unis.

Nous devons nous discipliner et nous discipliner les uns les autres, c'est une méthode autochtone, nous n'avions pas de policiers et de travailleurs sociaux avant le contact. Nous prenions soin de nous-mêmes et des autres. Nous avions des festins de la honte. Lorsqu'un membre de notre clan enfreignait une loi et blessait quelqu'un de l'autre clan, notre clan lui faisait cadeau, après cadeau, après cadeau,...

[Gerry baisse les yeux et fait taire son téléphone.]

... et nous avions des festins de la honte. Ainsi, nous n'aurions plus à en parler, les victimes étaient indemnisées et tout était corrigé. C'est de là que je viens, c'est une identité dont je rêve et que je souhaite.

Voilà donc mes 45 minutes de partage avec vous, d'exploration de l'identité et, vous voyez, vous pouvez probablement voir et entendre que j'ai beaucoup réfléchi à ce sujet et que je sais que c'est important. Je viens d'un peuple qui s'occupe des autres. Là d'où je viens, il y a une personne avec une déficience mentale. On a appris à ses enfants à ne pas se moquer de lui. Il est dans la soixantaine et il joue aux cartes avec nous parce qu'il est... Son nom est Pohosh, ce qui signifie que son esprit est coincé à un endroit et nous ne pouvons pas lui en vouloir. Par conséquent, nous n'en parlons même pas, nous acceptons simplement Pohosh...

[La fenêtre de Lee-Ann apparaît à l'écran à gauche de celle de Gerry.]

... comme il est. De même pour les gais ou les lesbiennes, ou les questions de genre, nous n'en parlons pas, nous l'acceptons.

[La fenêtre de Lee-Ann disparaît et celle de Gerry occupe tout l'écran..]

Parce que parfois, quand on crée une identité, on doit la défendre. Regardez la guerre entre les protestants et les catholiques. C'est une question d'identité. Ils disent : « Votre identité n'est pas correcte, la mienne est juste. »

[Gerry pointe son index droit vers sa droite, puis vers lui-même.]

Dans le mode de vie autochtone, nous disons : « Oh, vous êtes protestant? OK, cool. Vous êtes catholique? Cool. » Vous savez, on ne veut pas se battre pour ça ou en parler. C'est toi. C'est ta vie. Vis ta vie, je te souhaite le meilleur. Ce sera donc ma conclusion sur l'identité. Créons une identité commune, mais ne traitons pas les gens comme des « autres ».

Toutes les familles. Dans toutes les familles de notre histoire, il arrive que quelqu'un naisse avec des handicaps mentaux, des handicaps physiques, vous savez, certains sont grands, d'autres sont petits, certains sont en surpoids, d'autres sont maigres. Certains sont gais, certaines sont lesbiennes, certains sont trans. Ne tombons pas là-dedans, où il faut défendre son identité, qui on est, mais acceptons les gens là où ils sont.

Et s'ils sont dans un endroit négatif, envoyez-leur de la bonne énergie et faites de votre mieux pour les aider à changer. Donc je voudrais juste remercier ceux qui m'ont invité ici. Et j'aimerais vous remercier encore une fois pour le travail que vous faites. Je n'ai aucune idée, mais je sais que ça prend des gens pour faire tourner le monde dans nos communautés et nos provinces, nous avons besoin de gens qui travaillent.

Que ce soit dans les guichets, vous savez, les routes publiques, les bureaux de poste, toutes ces choses, nous avons besoin de gens. Mon imagination me dit que vous entrez dans une de ces catégories quelque part, et c'est probablement assez large, mais je vous remercie pour votre service, j'en ai probablement bénéficié, je sais que j'en ai bénéficié en vivant au Canada. Alors, je vous souhaite d'être en toute sécurité cette année, avant tout.

Une partie de notre identité fait en sorte que nous gardions un esprit généreux. Donc, lorsque quelqu'un a besoin du vaccin contre la COVID et que c'est notre tour et que nous n'en avons pas vraiment besoin, nous leur laissons. Ce serait être un Canadien cool, vous savez.

[Gerry sourit.]

Donc, pas de brouillard (confusion), pas de peur, d'obligation ou de culpabilité. Je ne demande rien en tant qu'Autochtone. Je dois décider de ma vie et vivre avec vous tous, vous savez. Et je veux en profiter, je veux profiter du reste de ma vie. J'ai passé 14 ans à être en colère contre le gouvernement du Canada et l'Église catholique. Et quand j'ai finalement laissé tomber ça, j'ai réalisé ce terrible gâchis de ma vie, c'est que toute cette colère n'a pas changé une seule chose. Ça a juste rendu Gerry malsain. Donc je suppose que nous pourrions avoir quelques questions?

[La fenêtre de Lee-Ann apparaît à gauche de celle de Gerry.]

Lee-Ann : Gerry, merci beaucoup, beaucoup. Wow,...

[Lee-Ann secoue la tête.]

... je ne sais même pas par où commencer. C'est toujours un tel plaisir de vous parler, mon ami. Vous savez, il y a plusieurs choses qui m'ont frappé et je suppose que la première et la plus importante est que je commence à réaliser qu'il y a beaucoup de niveaux...

[Gerry hoche la tête.]

... et de profondeur et d'ampleur à l'identité. Ce n'est pas seulement à un niveau superficiel, où je pense que j'ai passé la plus grande partie de ma vie à lutter contre la honte dont vous avez parlé et juste de me voir, ou de voir d'autres personnes, probablement, qui peuvent se trouver dans une situation similaire, se regarder dans le miroir...

[Lee-Ann lève les deux mains, les paumes tournées l'une vers l'autre.]

... et voir qui ils voient, se refléter en eux. Et ensuite dire que c'est ce qu'ils sont, c'est comme ça que les gens, la société, les voient. Vous avez également parlé du pardon et je me demande si vous pouvez nous en parler un peu ou donner un aperçu du processus par lequel on doit passer. D'autres personnes comme moi ont lutté avec ça, luttent avec ça aujourd'hui. Si je peux juste partager mon histoire avec vous assez rapidement, j'ai un magnifique terrain non loin de ma ville natale, où j'ai beaucoup souffert. J'ai grandi en chassant et en pêchant et en ayant un grand respect pour la terre et l'interconnexion de Mère Nature et de la beauté et de la spiritualité et je chéris tellement ces souvenirs que j'ai acheté un petit morceau de cette beauté. Je suis fière et je me sens privilégiée de pouvoir y aller en été, en automne, et ainsi de suite, et de faire toutes les choses que j'ai pu faire avec mon père, qui m'a appris à survivre dans la forêt et sur la terre.

Et chaque fois que je traverse cette ville pour me rendre à mon sanctuaire, si vous voulez, je me retrouve à lutter et je ne peux pas m'en empêcher. Si nous devons nous arrêter pour faire le plein d'essence ou aller dans une boulangerie où mon fils aime aller, je ne descends même pas du véhicule parce que je suis ramenée...

[Lee-Ann fait un geste de la main droite vers sa droite.]

... à cette époque et à ces souvenirs de honte et de ne pas me sentir bien et face à qui je suis. Je ne suis plus une jeune enfant...

[La fenêtre de Gerry disparaît et celle de Lee-Ann occupe tout l'écran.]

... et je me demande simplement, comme les gens qui luttent, comment passer outre? Je sais que vous avez parlé de pardon, mais il y a certainement un processus derrière ça? Pouvez-vous fournir votre point de vue sur cela, mon ami?

[La fenêtre de Gerry apparaît à droite de celle de Lee-Ann.]

Gerry : Oui. Je vois que nous avons trois minutes, alors je vais voir ce que je peux faire en trois minutes. Vous savez, c'est une très bonne question, parce que quand on m'a dit pour la première fois que pour que ma guérison soit achevée, je devais pardonner, j'ai dit...

[Gerry balaye sa main droite vers sa droite.]

... « Non, non, non, je ne veux pas faire ça. Pourquoi devrais-je leur pardonner? Ils m'ont fait du mal. Ils ont fait ceci. Ils ont fait ça. » Et, vous savez, je fonctionnais avec le « ils ». Et quand j'ai cherché le mot pardonner dans un dictionnaire – l'un de mes livres préférés...

[La fenêtre de Gerry s'agrandit pour occuper l'écran.]

... est un dictionnaire – je vois...

[Une boîte violette apparaît dans le coin inférieur gauche de l'écran avec un texte en anglais identifiant l'intervenant.]

... l'origine des mots, c'est grec, français, latin, peu importe. Et le mot « pardonner » signifie « laisser aller ».

[Le texte dans la boîte violette est remplacé par un texte français identifiant le locuteur.]

J'ai donc pardonné aux hommes qui ont abusé de moi au pensionnat,...

[La boîte violette s'éteint.]

... à Rome, à la Basilique. Cela signifie que je les ai laissés partir, que je les ai deposes...

[La fenêtre de Lee-Ann apparaît à gauche de celle de Gerry.]

... et que j'ai refusé de continuer à les porter. Et puis mon corps a changé parce que c'est une chose cellulaire,...

[Gerry fait un geste de la main droite vers son corps.]

... c'est dans chaque partie de mon corps. Certaines personnes pensent que c'est juste dans la tête.

[Gerry pointe sa main droite vers sa tête.]

Non, mon dos était tendu, mes épaules...

[Gerry tend les épaules et recroqueville les doigts de sa main droite.]

... se contractaient quand je pensais à eux, tu sais, ça faisait partie de moi. Donc une fois que je les ai déposés, j'étais libre. Et puis j'ai repéré des maux et des douleurs, je suis allé en massothérapie où ils font des massages des tissus profonds. J'avais des problèmes dans le bas du dos parce que j'ai été abusé par des hommes. Donc la structure de mon corps dans l'ensemble, tout a été affecté, n'est-ce pas?

Donc, quand je leur ai pardonné et que je les ai laissés partir, une partie de ce que j'ai vécu a été abandonnée, j'ai littéralement fait une cérémonie appelée « abandonner ». J'ai rejeté ces choses parce qu'un guérisseur m'a dit : « elles sont toujours en toi. » Et c'était une pensée dégoûtante, effrayante,...

[Gerry se penche en arrière et lève sa main droite.]

... et ils ont dit : « tu peux t'en débarrasser. » Le guérisseur m'a dit, « OK, ferme les yeux.

[Gerry ferme les yeux.]

Dès que tu les vois, tu les rejettes, car ils sont toujours en toi. Fais du bruit, fais-le simplement. »

[Gerry lève ses deux bras.]

J'ai fait ça, j'ai fermé les yeux...

[Gerry ferme les yeux.]

... et juste comme ça, j'ai vu deux visages et j'ai crié,...

[Gerry repousse ses mains droite et gauche avec une expression effrayée.]

... et j'ai fait comme ça, et je les ai rejetés. C'est une forme de pardon, je refuse de porter leur mémoire, leurs visages, vous savez, les pensées à mon sujet dans ces minutes d'abus. J'ai pardonné, ça veut dire que je les ai laissés partir.

Je porte quelqu'un que je n'avais pas à porter, je portais le gouvernement canadien, je blâmais le gouvernement canadien pour tout ce qui arrive à Gerry. J'ai laissé tomber cela aussi, j'ai pardonné cela, parce que je suis allé en Grande-Bretagne pour pardonner aux Britanniques d'avoir colonisé le Canada et le changement était tangible.

[Gerry se penche en avant.]

Quand je suis arrivé à Londres, je suis allé voir un match de soccer, un match de football, et je demandais aux Britanniques – et je détestais les Britanniques, je détestais leur accent, je détestais tout chez eux, vous savez, avant que je ne guérisse, avant que je ne leur pardonne – et ils pouvaient le sentir. Je demandais, comment je peux prendre le métro, comment je peux prendre le bus pour aller à Fulham assister à un match de football? Personne ne voulait me parler. Alors j'ai réussi à convaincre des gens de me le dire et je me suis rendu, oui. Mais après avoir fait ma cérémonie du pardon, des Britanniques ont commencé à me parler. J'imagine qu'il y avait comme des petites barriers...

[Gerry étire les doigts de ses deux mains vers l'extérieur, paumes vers l'avant.]

... ou des épines qui sortaient de moi. Les gens pouvaient le voir, Gerry les déteste,...

[Gerry se penche en avant et pointe sa main droite vers ses yeux.]

... le voir dans mes yeux, même si je faisais semblant que non à ce moment-là. Parce que notre corps ne ment jamais.

Lee-Ann : Non, il ne ment pas. Non, c'est sûr.

Gerry : Et une fois que vous pardonnez, quand vous en tirez les bénéfices de ce pardon, comme je le dis maintenant depuis un bon moment, c'est que vous ne pouvez pas dire au revoir à vos problèmes sans, aussi, les saluer.

[Lee-Ann hoche la tête.]

Et une partie de cela consiste à pardonner aux personnes qui vous ont blessé, à les laisser partir.

Lee-Ann : Merci, Gerry, je... Ce sont des mots très, très puissants, et je n'ai aucun doute sur le fait qu'ils ont aidé beaucoup, beaucoup de gens à travers le pays et tous ceux qui nous écoutent aujourd'hui. Mais compte tenu du temps qui nous reste, mon ami, je tiens à dire, au nom de l'École, que je vous remercie, mon ami, l'Aîné Gerry Oleman et vous tous, dans tout le pays, d'avoir participé à la discussion d'aujourd'hui.

[Une bannière violette apparaît en bas de l'écran avec un lien.]

canada.ca/school-ecole

J'espère que vous avez aimé l'activité d'aujourd'hui. Vos commentaires sont en fait très, très importants pour nous. Vous recevrez une évaluation dans les prochains jours et nous aimerions en savoir plus sur ce que vous avez pensé de l'événement d'aujourd'hui. L'École, comme vous le savez, a beaucoup, beaucoup d'événements à vous proposer et je vous encourage à visiter notre site Web et à vous tenir au courant des événements à venir.

[La bannière violette se déplace vers la droite et disparaît.]

Veuillez-vous joindre à nous le 15 février. Notre prochaine discussion avec un Aîné portera sur l'histoire et les contributions des Métis au Canada, et ce sera avec Tony Belcourt et notre chère amie, Céline Henry. L'inscription est actuellement ouverte et, une fois encore, je tiens à vous remercier tous. Je veux vous souhaiter à tous une merveilleuse journée, et je pense que si je peux résumer, vous savez, nous avons beaucoup de similitudes, beaucoup de différences, mais je pense qu'en fin de compte, nous avons plus de similitudes que de différences et que nous sommes tous égaux. Donc, je vous souhaite au revoir et Gerry, merci encore. Et merci encore à tous ceux qui sont venus ici aujourd'hui pour écouter cette discussion très, très importante.

[Lee-Ann et Gerry sourient.]

Gerry : Merci. Soyez prudents et nous allons vaincre la COVID.

Lee-Ann : Merci, Gerry. Prenez bien soin de vous.

Gerry : OK, au revoir.

[L'écran passe au violet. Un logo représente un livre blanc superposé à une feuille d'érable violette. Les pages du livre se tournent et se referment tandis que le logo disparaît. The background fades to black.]

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